Entretien avec Subaru-D
* Comment êtes-vous venu au yaoi ? Quelle est votre vision de ce genre si particulier ?
Un de mes premiers mangas a été « X » de Clamp… J’étais prédestiné, il faut croire. Difficile de passer à côté du yaoi quand on lit du Clamp, à fortiori cette œuvre-là. Ma vision du genre ? Une relation de couple originale, source d’humour et de drame, plus souple que le couple hétérosexuel, un peu trop bardés de clichés à mon goût. (Je n’ai pas précisé que j’avais bon goût).
* Quelles sont vos influences artistiques, vos sources d’inspiration ?
J’ai beaucoup de sources d’inspiration, très hétéroclites, aussi bien issues du manga, que de la littérature ou des jeux vidéos. Mais si je devais citer les principales, je dirais : Tokyo Babylon (et toutes les œuvres de Clamp en général, un vrai traumatisme), le travail de Tim Burton, Terry Pratchett ainsi que le style d’Anthony Horowitz. De manière générale, quand j’écris, je suis toujours influencé par mes lectures ou loisirs du moment, je tâche donc d’adapter ces influences en fonction du projet sur lequel je travaille.
* Quels sont vos supports préférés pour vos créations (roman, nouvelle, scénario) ?
Pour l’instant c’est dans la nouvelle que je me sens le plus à l’aise, puisque mon principal problème est d’arriver à développer et enrichir suffisamment mon histoire, d’où ma difficulté à construire un roman qui n’ait pas l’air haché ou trop court. J’affectionne aussi le scénario de bande dessinée et j’écris un peu de scénario typé « cinéma », histoire de me diversifier le plus possible. Mais il me reste encore pas mal de chemin à parcourir.
* Avez-vous fait des études de lettres ?
Absolument pas. Je fais des statistiques et des bases de données… J’y ai d’ailleurs l’air d’un dromadaire sur la banquise (je n’ai rien contre les dromadaires) puisque mon côté « littéraire » me fait passer pour un schizophrène, et ce n’est pas moi qui le dit.
* Depuis quand écrivez-vous ? Comment travaillez-vous ?
Depuis que j’ai 12 ans. Mes vieux écrits sont enterrés, coulés dans le béton. Ce n’est pas de la honte, juste de la lucidité. Il faut bien commencer un jour… Mais on n’est pas obligé de montrer comment et surtout AVEC QUOI on a débuté. Je travaille de manière totalement libre : j’ai une idée, je prends une feuille, un coin de nappe en papier (authentique), et je me laisse juste porter par celle-ci. Inutile de dire que dans le lot de ces « bonnes idées » les 2/3 de mes élucubrations partent à la poubelle. Je retravaille donc seulement le dernier tiers, mais en général, si le premier jet n’est pas bon, le retoucher n’y changera rien. Je préfère donc recommencer.
* Que vous procure le fait d’écrire ?
Moi qui n’ais pas toujours la tête à ce que je fais, écrire me plonge complètement dans mon monde, dont je sors généralement avec difficulté et mauvaise volonté quand on m’interromps. Quand j’écris, je ne présente pas simplement des personnages, je suis à leur place, où je m’y mets en tout cas… A peu près comme un film dont je serais acteur, producteur et réalisateur. Sinon, mes pulsions mégalos vont bien, merci.
* Comment est née l’histoire publiée par les Editions Muffins, ses personnages…
Inutile de le cacher, le thème de la rentrée ne m’inspirait pas du tout. Au moment où j’ai commencé à chercher des idées, je m’étais d’abord orienté vers une histoire d’espionnage (axée sur l’humour) qui m’a finalement peu convaincu. Je relisais mes Pratchett pour calmer un peu le stress de mes études où j’étais…apprenti. L’idée de « Green Apple » est partie de là. Et si la mort se retrouvait à ma place ? L’idée d’une mort jeune et inexpérimentée m’a paru amusante, mais je voyais assez mal quel genre de relation amoureuse je pouvais bien inventer pour lui. J’ai donc pris la plus improbable, avec un personnage dont j’ai toujours trouvé qu’il était à cheval entre les créatures « sombres » et celles plus naïves des contes pour enfant, à savoir le chat Foin. Je me suis dit que plus c’était gros, plus ce serait drôle. L’écolier « différent » chahuté par ses camarades est quelque chose de banal et un peu facile en écriture, j’ai donc tâché d’adapter le type de chahutage de manière plus inventive.
* Pourquoi ce titre ?
Lors de mes quelques recherches pour trouver l’inspiration, je suis tombé sur un site Internet intitulé « la pomme verte », adressé aux jeunes enfants, mignon, naïf et bien-pensant. L’utilisation de ce nom détourné était purement ironique.
* Avez-vous rencontré des difficultés dans vos démarches auprès des éditeurs ?
Qui n’en a pas ? Alors que j’écris ces lignes, je commence à peine à travailler « sérieusement » l’écriture et le scénario, je ne suis donc pas très bien placé pour parler de « difficultés ». Bien sûr, j’ai essuyé des refus, qui ne m’ont pas découragé. Je sais à quel point il est difficile de percer et je ne me fais pas beaucoup d’illusions, d’autant que j’ai dixit les personnes qui me lisent un style qui peut surprendre…et déplaire, de fait.
* Avez-vous déjà travaillé avec d’autres maisons d’édition ? Quels ont alors été vos précédents projets professionnels ?
J’ai envoyé quelques travaux d’écriture à l’éditeur Soleil : un projet de bande dessinées plus orientée Heroic-Fantasy qui n’a pas trouvé preneur (problème de niveau ? Dessin qui n’a plu ? Comment savoir…) Pour les projets en cours d’« examen », j’ai une petite bande dessiné en cinq planches et une nouvelle humoristique sur une agence proposant le meurtre commandité et l’exorcisme en service après-vente… Quoiqu’il en soit, sur le plan des « projets », j’ai trouvé mon rythme de croisière ! Je ne m’accorde plus de temps mort entre deux projets.
* Qu’est-ce qui vous a conduit à travailler avec les Editions Muffins ? Quelle est votre vision sur la maison d’édition ?
Un éditeur qui me demandait de faire du yaoi, je me voyais assez mal ne pas tenter ma chance. Pour ce que j’en ai vu et ce que j’ai travaillé avec eux, c’est une maison d’édition qui respecte ses auteurs (c’est rare manifestement), ce que je trouve des plus appréciables. Pour avoir vu les aléas du métier avec certains collègues dont les éditeurs changent d’avis du jour au lendemain ou repoussent les publications au gré de leur fantaisie, j’estime que les Editions Muffins font au mieux pour chacun.
* Avez-vous d’autres ouvrages en cours, sous le clavier ou le crayon ? Avez-vous un scoop à nous confier sur votre prochain roman ?
Un scoop ? Etant donné que je peux changer complètement d’orientation sur mon travail en une journée, difficile de répondre à ça… J’ai commencé à travailler un roman qui modernise le mythe de Prométhée (le titan qui créa les hommes pour ceux qui ne connaissent pas la mythologie grecque) dans un univers « science-fiction ». Pour le moment, je n’en suis qu’au travail de fond : recherche, documentation, construction du plan, organisation des idées…
* Que peut-on vous souhaiter pour l’avenir ?
De me marier, de vivre heureux longtemps et d’avoir plein de petits scénarios. Le mariage est optionnel, maintenant que j’y pense.
* Pourquoi avoir pris un pseudo ? Et pourquoi celui-ci ?
Mon pseudonyme peut paraître un peu puéril, étant donné qu’il s’agit également de mon pseudo Internet. Mais j’ai toujours écrit sous ce nom, qui me correspond mieux que celui marqué sur mon bulletin de naissance (et ce n’est pas rien de le dire…je devrais attaquer mes parents en justice). D’ailleurs, les seules personnes qui m’appellent par mon prénom ne me connaissent pas ou ne m’apprécient pas franchement (A peu près toutes celles qui me croisent, sans me vanter).
* Où les lecteurs pourront-ils vous rencontrer prochainement ?
Heu…dans mon antre, je dirais. Mais je ne suis pas persuadé que quelqu’un soit assez fou pour s’y risquer. S’il y en a, je les félicite. Ou je les plains. Plus sérieusement, je tâche de me rendre à certaines conventions BD ou de japanime le plus souvent possible. Et je suppose que si j’arrive à percer, j’y serais davantage.
* Tenez-vous un blog/site perso ?
Il faudrait… Comme il faudrait que trie la pile de feuilles écrites qui touchera bientôt le plafond, que je mette au propre certaines idées... J’en aurais des choses à mettre sur un blog ! De quoi faire un beau site. Mais je me connais, je ne le mettrais pas à jour régulièrement. Alors, un jour peut-être… Quand je m’auto disciplinerais davantage.